Fin 2021, le COVID a emporté notre startup. Avec Aurélie, mon associée, nous avons découvert un monde dont personne ne parle vraiment.
Deux mois de redressement judiciaire qui ressemblent à une arène. La recherche désespérée d'un repreneur. La brutalité du monde du retournement, avec ces concurrents qui profitent de l'accès à nos chiffres pour piller ce qu'il reste. Le poids de devoir maintenir l'implication de nos salariés alors que l'inéluctable est déjà là, avant d'affronter la violence du licenciement collectif. Et après ? Repartir à zéro. Avec des dettes à rembourser, cautions personnelles, prêts d'honneur, et plus aucun accès au financement pour se relancer.
Si nous analysons aujourd'hui les grilles de lecture des financeurs avec autant de précision, ce n'est pas seulement par métier. C'est parce que nous sommes passées par cette boue-là. Et c'est elle qui guide notre approche chez Alternative Financement.
Alors nous allons vous dire ce que nous avons compris, vu de l'intérieur.
…Une liquidation n'exclut pas mécaniquement l'accès au financement. Elle déclenche en revanche une analyse plus exigeante, plus sélective, souvent plus lente. La différence ne se joue pas sur l'existence de l'échec, mais sur la manière dont vous l'avez traversé et sur ce qui a objectivement changé depuis c'est précisément la grille qu'appliquent les financeurs alternatifs avant d'accorder un financement.
Une liquidation, ce n'est pas un verdict. C'est un fait.
En France, on a tendance à transformer la liquidation en marqueur définitif. Une étiquette qui colle au dirigeant pour toujours. Soyons lucides : ce n'est pas faux qu'elle pèse. Mais toutes les liquidations ne se lisent pas de la même manière, et tous les financeurs n'appliquent pas la même grille.
C'est ce décalage qui crée des blocages y compris chez des dirigeants qui ont assumé leurs engagements jusqu'au bout.
Une liquidation n'exclut pas mécaniquement l'accès au financement. Elle déclenche en revanche une analyse plus exigeante, plus sélective, souvent plus lente. La différence ne se joue pas sur l'existence de l'échec, mais sur la manière dont vous l'avez traversé et sur ce qui a objectivement changé depuis.
Certains acteurs appliquent des règles standardisées. D'autres prennent le temps de regarder votre parcours. Ce sont ces derniers qui introduisent de la nuance dans un système qu'on croit binaire.
1. Relancer dans le même métier : le scénario qui fait le plus peur
Si vous recréez une activité dans le métier qui vous a conduit à la liquidation, le niveau d'exigence grimpe d'un coup. La question du financeur est simple : le risque structurel a-t-il vraiment disparu ?
C'est précisément ce qui inquiète les fintechs et les plateformes de crowdfunding. Pour ces acteurs-là, une liquidation sur le même secteur d'activité est le signal d'alarme numéro un. Dans bien des cas, le constat est le même : même activité, mêmes clients, mêmes contraintes de marge. Le modèle n'a pas bougé. Pourquoi le résultat changerait-il ?
À l'inverse, si vous démontrez une rupture claire, repositionnement, marges améliorées, pilotage financier ou gouvernance renforcés, l'analyse peut évoluer, même à métier identique. Encore faut-il le prouver, pas le raconter.
2. Les délais de 4 ou 10 ans : de la prudence, pas une punition
Dans la pratique, certains partenaires exigent un délai après une liquidation. Les fintechs et plateformes de crowd, par exemple, demandent généralement quatre ans sans liquidation pour entrer en matière. D'autres acteurs poussent jusqu'à dix.
Ces délais ne sont pas un jugement moral. C'est une gestion du risque par le temps. Plus un acteur est normé, plus il a besoin de distance pour neutraliser un événement dans ses grilles.
Et puis il y a les banques. Là, oubliez les règles claires : c'est très aléatoire, du cas par cas. Un même dossier peut passer dans une agence et bloquer dans la suivante. C'est frustrant, mais c'est la réalité du terrain.
À l'inverse, les partenaires capables d'une analyse fine peuvent intervenir plus tôt s'ils estiment que le risque comportemental est maîtrisé.
3. Et si c'est du matériel que vous financez ? La logique change encore
Tout ce qui précède vaut surtout pour la trésorerie. Mais si votre besoin, c'est du matériel, le terrain est différent — et les règles ne sont plus les mêmes. On a détaillé toute cette logique dans notre guide du financement de matériel professionnel ; ici, on se concentre sur ce qui change après une liquidation.
Selon les cas, vous pouvez accéder au crédit-bail. Avec une nuance de taille : derrière un crédit-bail, il y a une banque. Vous retombez donc sur la même exigence de démonstration, prouver que le risque est maîtrisé, que vos créanciers ont été remboursés, que la situation a réellement changé.
Si cette porte reste fermée, il reste la location financière. Elle est plus accessible après une liquidation, mais elle a un prix : un apport de 25 à 30 %, et un coût global plus élevé. C'est le ticket d'entrée pour financer son outil quand l'historique ferme les portes classiques. Moins confortable, mais ça permet de redémarrer.
C'est d'ailleurs exactement ce qu'on a fait pour une SARL de transport en plein redressement, financée en location financière sur un ensemble tracteur + semi-remorque — un dossier que la plupart des circuits classiques auraient refusé.
4. Aller au bout d'un plan de redressement : un signal fort
Certains dirigeants tiennent leur plan jusqu'au bout. Les échéanciers sont respectés, et parfois les dettes remboursées par anticipation. Ces parcours-là traduisent une capacité à piloter sous contrainte, et croyez-nous, piloter sous contrainte, c'est l'exercice le plus dur qui soit.
Certains financeurs continuent de s'arrêter au fait générateur initial. D'autres valorisent cet effort de fiabilité. C'est ce qui a permis, par exemple, à un transporteur de financer deux tracteurs neufs malgré un historique complexe, ou à une entreprise du BTP de dégager 42 000 € en refinançant son parc matériel après un redressement.
Mais attention : un plan respecté parle du passé. Il doit être complété par une modification visible des facteurs de risque pour sécuriser l'avenir.
5. Ce que regardent ceux qui creusent vraiment : les dettes
Quand un partenaire mène une analyse approfondie, la question centrale devient : qui a payé quoi, et jusqu'où ? On retrouve d'ailleurs ces critères dans les motifs réels de refus analysés par les financeurs, où le comportement en fin de cycle pèse autant que les chiffres.
- Le niveau de remboursement. Une liquidation avec des dettes majoritairement apurées ne se lit pas comme une liquidation subie et abandonnée…
- La nature des dettes. On distingue les dettes bancaires, fournisseurs, sociales et fiscales…
- Le comportement en fin de cycle. Anticipation ou déni, transparence ou dissimulation…
6. France / États-Unis : on se trompe souvent de débat
On entend partout que l'échec serait « valorisé » aux États-Unis, contrairement à la France. En réalité, l'échec n'est valorisé nulle part. Il est contextualisé.
La question américaine n'est pas « a-t-il échoué ? » mais « qu'a-t-il changé concrètement ? ». Et cette lecture existe aussi en France, chez les acteurs qui savent analyser un parcours post-crise au lieu de s'arrêter à l'étiquette.
Le temps ne remplace jamais les faits
Après une liquidation, le temps peut atténuer un risque perçu. Il ne remplace jamais une transformation réelle. Ce ne sont ni les années ni les discours qui réhabilitent un dirigeant, mais les décisions prises, les engagements tenus et les preuves apportées.
L'enjeu n'est pas de convaincre tous les financeurs. C'est d'identifier ceux qui savent lire ces parcours et d'accepter que tous ne le sachent pas.
La liquidation n'est pas un verdict définitif. C'est un point de données. Encore faut-il savoir l'analyser. Et c'est exactement ce qu'on fait ici : regarder ce que vous avez traversé et ce que vous en avez tiré, pas seulement une ligne publiée au BODACC.
FAQ
Peut-on obtenir un financement après une liquidation ?
Oui. Une liquidation n'exclut pas mécaniquement l'accès au financement, mais elle déclenche une analyse plus exigeante, plus sélective et souvent plus lente. Tout se joue sur la manière dont vous avez traversé l'échec et sur ce qui a objectivement changé depuis.
Combien de temps faut-il attendre après une liquidation pour se refinancer ?
Ça dépend de l'acteur. Les fintechs et plateformes de crowdfunding demandent généralement quatre ans sans liquidation. Certains partenaires normés poussent jusqu'à dix. Du côté des banques, c'est très aléatoire et géré au cas par cas. À l'inverse, les partenaires capables d'une analyse fine peuvent intervenir plus tôt si le risque comportemental leur paraît maîtrisé.
Est-ce plus difficile de se financer si on relance dans le même secteur ?
Oui, c'est le scénario qui inquiète le plus. Pour les fintechs et plateformes de crowd, une liquidation sur le même secteur d'activité est le signal d'alarme numéro un, car la question devient : le risque structurel a-t-il vraiment disparu ? Démontrer une rupture claire, repositionnement, marges, pilotage, gouvernance, peut faire évoluer l'analyse, même à métier identique.
Comment financer du matériel après une liquidation ?
Deux voies principales. Le crédit-bail reste accessible selon les partenaires, mais avec une banque derrière : il faut donc démontrer que le risque est maîtrisé et que les créanciers ont été remboursés. Si cette porte est fermée, la location financière prend le relais : plus accessible, mais avec un apport de 25 à 30 % et un coût global plus élevé.
Faut-il avoir remboursé ses créanciers pour se refinancer ?
C'est un point déterminant, en particulier pour les fintechs et plateformes de crowd. Une liquidation avec des dettes majoritairement apurées ne se lit pas comme une liquidation subie et abandonnée. La nature des dettes compte aussi : avoir assumé ses engagements sociaux et fournisseurs est un signal de responsabilité majeur.
Un plan de redressement mené à terme aide-t-il à se refinancer ?
Oui. Tenir ses échéanciers, voire rembourser par anticipation, traduit une capacité à piloter sous contrainte que certains financeurs valorisent. Mais attention : un plan respecté parle du passé. Il doit être complété par une modification visible des facteurs de risque pour rassurer sur l'avenir.
L'échec entrepreneurial est-il vraiment mieux perçu aux États-Unis qu'en France ?
En réalité, l'échec n'est valorisé nulle part : il est contextualisé. La question n'est pas « a-t-il échoué ? » mais « qu'a-t-il changé concrètement ? ». Cette lecture existe aussi en France, chez les acteurs qui savent analyser un parcours post-crise au lieu de s'arrêter à l'étiquette.

